Intersection #36 – Shop Now

 

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Smart, le virage éléctrique

DANS UN AN, SMART NE PRODUIRA PLUS UNE SEULE VOITURE THERMIQUE ET BASCULERA SUR LE TOUT-ÉLECTRIQUE. QUE REPRÉSENTE PAREILLE RÉVOLUTION POUR UN CONSTRUCTEUR ? POUR LE SAVOIR, NOUS AVONS RENCONTRÉ HERVÉ POQUET, BRAND MANAGER DE SMART FRANCE. Par Yan-Alexandre Damasiewick

Intersection : Quand est-ce que la dernière smart à moteur thermique sortira des chaînes ?

Hervé Poquet : Fin 2019, la marque arrêtera de produire des véhicules thermiques, et début 2020, elle ne commercialisera plus que des véhicules électriques, hors stocks concessionnaires, bien sûr.

Inter : Pourquoi ce choix ?

HP : Les pères fondateurs de smart, en particulier Nicolas Hayek, l’avaient pensée comme électrique. Les centres-villes urbains, qui sont notre territoire légitime, se dirigent inexorablement vers l’électrification – tous les signaux l’indiquent. C’est donc la décision qui a le plus de sens. Il faut savoir qu’au Canada et aux États-Unis, nous sommes déjà passés au tout-électrique depuis un an et demi.

Inter : L’électricité est une question majeure de la mobilité depuis une dizaine d’années. Pourtant, c’est seulement maintenant que tout se met à bouger très vite. Que s’est-il passé ?

HP : D’une part, avec la génération « 453 » de la smart que nous avons lancée en 2014, nous sommes en coproduction avec Renault et avons donc des engagements de production. Ensuite, il faut prendre en compte l’inertie de la production industrielle de cette technologie – produire 1 000 ou 10 000 voitures électriques, ce n’est pas du tout la même chose – qui prend énormément de temps. Même si nous y sommes un peu rompus, puisque c’est la quatrième génération de smart électrique. Chez nous, l’électricité a dix ans, même si tout le monde ne le sait pas.

Inter : Aujourd’hui, il faut bien admettre que beaucoup de gens sont pas encore prêts à passer à l’électrique. C’est un sacré pari.

HP : Nous sommes tous dans le même bateau. Tout constructeur qui fait de l’électrique veut que le domaine avance, que ce soit en ce qui concerne les infrastructures de recharge publique ou la législation sur le droit à la prise… On a besoin de faire avancer cette cause. Au Mondial de l’Automobile, tout le monde présentait au minimum un plug-in hybride. Il n’y aura plus de marche arrière. Il y a aujourd’hui plus de 120 opérateurs de recharge en France, c’est énorme ! Et il y a de belles initiatives de l’État, par exemple le programme Advenir avec des primes incitatives sur l’équipement de bornes de recharge. Il faut davantage communiquer dessus ! Il faut travailler ce nouvel écosystème, tant au niveau produit que clients et prospects. « Oui, nous pouvons vous équiper chez vous, ou dans votre copropriété, et même vous aider à faire vos démarches administratives du droit à la prise auprès de votre syndic, ou à vous recharger sur les prises publiques – comme les Belib’ à Paris.» À une époque, les gens qui voulaient une voiture électrique se lançaient dans une véritable introspection, mais une fois le bon de commande signé, ils se retrouvaient seuls au monde. Nous ne voulons plus de ça. Nous vous vendons un produit et vous accompagnons tout au long du cheminement.

Inter : Aujourd’hui, quelle est la part de vente de l’électrique ?

HP : Nous sommes actuellement à plus d’un quart des ventes, et ça ne cesse d’augmenter. Fin octobre, la smart électrique était la troisième voiture électrique la plus vendue en France.

Inter : Au niveau du réseau, cela ne remet pas tout à plat ?

HP : Oui et non, car la précédente génération existait également en électrique. Le plus gros travail est pour les vendeurs, car à l’atelier ils avaient déjà l’habitude d’intervenir sur une batterie, de la remplacer, etc. Pour les vendeurs, c’est un électrochoc ! Mais nous les y préparons.

Inter : Le volume des ventes connaîtra forcément une chute au moment du passage de relais. Comment une marque s’adapte-t- elle à ça ?

HP : Oui, il y aura un petit creux, mais il ne sera pas si important. On s’attend à un effet de flottement pendant un an, mais
il y aura le stock thermique à écouler et la montée en puissance de l’électrique. Les deux vont se combler.

Inter : L’autonomie relativement faible de la smart EQ est parfois pointée du doigt. Est-ce qu’une nouvelle génération de voitures la remplacera prochainement ?

HP : Pour l’instant, nous continuons avec la génération actuelle, mais il faut considérer la voiture comme faisant partie d’un catalogue. Le client ou le prospect électrique est extrêmement bien renseigné, beaucoup plus que celui qui cherche une thermique.  Quand il est face à nous, l’autonomie n’est plus un frein, car il sait qu’il choisit une smart pour faire des trajets urbains ou péri-urbains, et finalement, que ce soit à travers la recharge à domicile ou sur son lieu de travail, il sait que notre voiture correspond à son usage. Le client a déjà travaillé cet aspect-là. Nous ne sommes pas en train de lui vendre une autonomie, mais une voiture de 2,69 mètres. Ce qui l’intéresse, c’est la « parkabilité », l’aspect pratique de la voiture. Ça, le client ne veut pas le perdre. L’autonomie, c’est un faux débat. On sait très bien que la smart peut parcourir 155 kilomètres – ça convient à l’usage du client ou ça ne lui convient pas. C’est souvent le deuxième ou troisième véhicule d’un foyer, et donc pas la voiture avec laquelle on part en week- end. Pour cela, nous sommes en train de travailler sur un système de location qui permettra  d’utiliser, par exemple, une Mercedes Classe A ou une GLA pour ce genre de déplacement.

Inter : À Paris, la smart arrive pour remplacer Autolib’ avec Car2Go. C’est important pour vous ?

HP : C’est hyper important ! Car2Go est le plus gros opérateur en free-floating au monde. On était déjà sur le premier appel d’offres face à Autolib’… On nous trouve aussi aux États- Unis, à Amsterdam, à Madrid, à Rome, à Stuttgart… Je suis très content d’arriver à Paris, avec une première vague de 400 véhicules tout début janvier. Nous sommes la quatrième ville d’Europe en tout-électrique, avec une offre légèrement différenciante par rapport à ce qui existait avant sur Autolib’. C’est une offre en free-floating, c’est-à-dire que l’utilisateur prend une voiture géolocalisée où il veut et la  rend où il le veut. Il n’est plus freiné à l’idée de trouver une borne ou une station libre. Nous utilisons un système de jockey qui recharge la voiture, qui vérifie son état et sa propreté – autre remarque qui avait été faite sur Autolib’. Nous avons déjà éprouvé ce système dans de nombreuses villes. Nous le maîtrisons et il fonctionne très bien. Il ne faut pas oublier que ça offrira aussi énormément de visibilité à la marque. Et c’est un centre d’essai grandeur nature. Pour certaines personnes, l’emprunt fréquent d’une smart leur fera prendre conscience que cette voiture correspond à leurs besoins et leur donnera envie d’en acheter une. C’est ce que nous avons vécu en Italie. Pas besoin d’aller voir un vendeur : il suffit de télécharger l’application et d’essayer la voiture !

3 janvier 2019
Bécane Bio
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