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Intersection n°30
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Poursuite

Photo :  CG Watkins, Texte : Adam Hay Nichols, Stylisme : Santi Rodriguez

rolls-royce-dawn-04Les années 60 sont criblées d’images culte, mais peu de films véhiculent l’atmosphère effervescente de cette décennie aussi intensément que Blow-Up. En plein cœur du Swinging London filmé par Antonioni, Blow-Up retranscrit à la perfection la vision glamour et avant-gardiste qu’on se fait de la vie d’un photographe de mode en 1966.
Si l’exercice de la parodie induit naturellement la naissance d’un culte, Blow-Up n’a pas attendu d’être sacré par les braillements vulgaires d’un Austin Powers se roulant par terre armé de son Nikon vintage dans le premier volet de ses aventures. Blow-Up, un film sombre qui traite plus de voyeurisme que de sexe, énigmatique,
à l’image de la Rolls-Royce « Chinese Eye » conduite par David Hemmings dans le film :
une Silver Cloud III Drophead dessinée à l’époque par le carrossier Mulliner Park Ward, et qui doit son surnom à l’inhabituel contour effilé de ses phares. Le personnage bourru bien que débonnaire s’inspire de David Bailey, le légendaire photographe londonien.
Dans le rôle de Hemmings, nous avons recruté Jack Roth, et la nouvelle Rolls-Royce Dawn dans celui de sa monture. À l’instar de son compatriote disparu, Roth possède un regard d’une intensité ambivalente. Et la perception visuelle constitue justement un leitmotiv fondamental dans Blow-Up. À la fois énigmatique et tapageuse, la Dawn apporte une touche supplémentaire de séduction, de mystère, d’équilibre et d’assurance au rôle automobile grâce à ses lignes nautiques, sa carrosserie bicolore et son intérieur en cuir crème. Sa silhouette haute mais néanmoins svelte s’inscrit parfaitement dans l’air du temps. L’aura céleste de la décapotable tranche avec les contre-allées londoniennes où elle évolue avec une assurance absolue. Blow-Up a inspiré pléthore de photographes et d’images. De la même façon, la Rolls-Royce Dawn fait miroiter d’infinies possibilités d’aventures parfois ésotériques et le plus souvent nocturnes. Ce n’est pas parce qu’elle n’a pas de toit que tous ses secrets sont exposés au grand jour.

rolls-royce-dawn-01Pour rentrer dans son rôle, Jack Roth nous demande une cigarette. Qu’il ne s’avise pas de faire tomber de la cendre sur le cuir couleur crème de la Dawn, ça ferait mauvais effet auprès du service presse. Pour le conduire sur les lieux où nous shootons l’hommage à
Blow-Up, nous lui avons réservé un chauffeur car il n’a pas le permis.
Il se pourrait qu’il y remédie bientôt, les sirènes d’Hollywood se faisant pressantes. Figure montante du petit écran en Grande-Bretagne grâce à des rôles dans The Great Train Robbery et Game of Thrones, Jack a hérité ses talents d’acteur de son père Tim Roth, et se prépare aujourd’hui à gravir les collines d’Hollywood.


Les acteurs anglais sont en vogue en ce moment aux États-Unis. Vous envisagez de faire le grand saut ?

JR : J’aime bien me voir en acteur mercenaire, alors le pays m’importe peu. Ça ne veut pas dire que j’accepte tout et n’importe quoi non plus, mais j’ai passé l’âge d’être intimidé par la nouveauté. Tout ce qui compte pour moi, c’est que le réalisateur soit investi dans son film, que les scénaristes soient ouverts d’esprit et que les acteurs soient à la hauteur. Peu importe le pays de production.

Il paraît que vous ne savez pas conduire.
JR : Je suis la quintessence du Londonien, j’ai toujours pu compter sur les transports en commun dans ma vie. De toute façon, je n’aurais jamais pu assumer les coûts qui incombent au propriétaire d’une voiture à Londres, mais j’aime bien l’idée de liberté que peut procurer la conduite.

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Comment vous déplacez-vous en général dans Londres ? Bus ? Métro ? Boris Bike ? (NDLR : le système londonien
de vélos en libre-service)
JR : En bus et en métro. Comme je tiens vraiment à rester en vie, je n’ai jamais envisagé de me déplacer en Boris Bike. Cette ville n’est pas prévue pour les trajets sans foi ni loi… ni casque. C’est la loi de la jungle ici ! Je ne pense pas que je conduirai en ville quand j’aurai mon permis. Je suis beaucoup trop sanguin, je pourrais vriller chauffard ou subir de grandes bouffées de frustration.

Quel est votre premier souvenir automobile ?
JR : J’ai provoqué un accident quand j’étais petit. J’ai passé la marche arrière et la voiture est rentrée dans un mur. J’entends beaucoup parler de cette histoire dès que la conversation s’oriente sur les belles voitures. Encore aujourd’hui, on ne manque jamais de me le rappeler dans ma famille. Ma mère, Lori Baker, était le chauffeur attitré chez nous. Je me souviens surtout des horribles trajets pour aller à l’école. J’emportais ma couverture avec moi dans la voiture et je suppliais ma mère tout du long de faire demi-tour. En tout cas, elle conduisait bien.

Qu’en est-il de votre père ? Que conduisait-il quand vous étiez petit ?
JR : Comme moi, il a appris à conduire très tard par rapport à la plupart des gens. Je suis exactement dans sa situation. Je vais devoir apprendre à conduire pour pourvoir travailler aux États-Unis. À Hollywood, c’est peine perdue sans permis.

rolls-royce-dawn-05Il vous arrive pourtant de passer derrière le volant pour tourner certaines scènes.
JR : C’est la magie du cinéma, tout est « pour de faux ». Mon expérience la plus flippante, c’est lorsque j’ai réellement dû conduire une vieille camionnette défoncée, avec une falaise d’un coté, l’équipe du film de l’autre et l’intégralité du casting à l’arrière. Aucun droit à l’erreur. J’ai calé au premier essai, mais j’ai réussi la deuxième fois et je n’ai plus jamais eu à réessayer.

Si Jack Roth était une voiture, quelle marque, quel modèle ?
JR : Je me verrais bien comme une voiture dans Sur la route de Kerouac, ou comme un van de tournée. Je m’intéresse moins à l’apparence et à la carrosserie qu’aux souvenirs qu’on y collecte.

Qu’est-ce qui vous a poussé à embrasser cette carrière ?
JR : L’influence de mon père sur ce choix ne fait aucun doute, mais il y a aussi beaucoup d’artistes et d’écrivains dans ma famille. Il était évident que je n’allais pas finir dans la finance. J’écris aussi beaucoup et je joue dans des groupes quand j’ai le temps : ça me permet de garder la tête froide tout en étant productif. Mon père est toujours resté assez en retrait, sauf quand je lui demandais des conseils. Il était parfaitement conscient de l’influence potentielle qu’il pouvait exercer sur moi, et m’a donc laissé faire ce que je voulais tout en se tenant à l’écoute.

Qui sont vos modèles ?

JR : Tous les acteurs classiques qui ont l’envergure d’inspirer la jeune génération : James Dean, De Niro au début de sa carrière, Christopher Walken, Ray Winstone, Gary Oldman, Chaplin, Bogart. Dans une certaine mesure, Bill Hicks, George Orwell et Christopher Hitchens ont fait office de figures paternelles et m’ont aidé à me construire. À titre d’exemple, j’ai appris à me raser dans un roman de Hemingway.

Et votre réalisateur de rêve ?
JR : Scorsese – ça a failli se faire plusieurs fois mais ça n’a pas abouti. Ça ne peut que me motiver à devenir meilleur. C’est vraiment un génie, surtout dans ses premiers films avec De Niro et Keitel. Autrement, les frères Coen, Terry Gilliam et Tarantino sont aussi mes héros.

rolls-royce-dawn-02Quels sont vos projets du moment ?
JR : Brimstone, un film réalisé par le meilleur type avec qui j’aie eu l’occasion de travailler jusqu’à présent : Martin Koolhoven. Il sortira très bientôt en salles. J’ai aussi tourné dans un film génial, Us and Them qui sera bientôt présenté dans quelques festivals. Je prépare d’autres projets, confidentiels pour l’instant.

Êtes-vous tenté par l’écriture et la réalisation ?
JR : Oui, j’ai écrit le pilote d’une série que j’espère présenter bientôt à des producteurs. C’est très excitant pour moi, mais je préfère ne rien dévoiler du tout par crainte de voir mon projet à la télé dans trois mois, ce qui me briserait le cœur. Sinon, je suis aussi en train de rassembler toutes mes idées pour entamer l’écriture du scénario d’un long-métrage que j’espère tourner d’ici la fin de l’année. Ce sera un petit budget, mais je suis très excité.

Est-ce que Londres est une source d’inspiration pour vos personnages ?
JR : J’ai eu la chance (ou pas, d’ailleurs) de vivre parmi les plus riches et les plus pauvres sans jamais appartenir moi-même réellement à une classe sociale particulière. Bien que ce soit souvent déroutant, ça m’a permis de m’adapter plus facilement pour interpréter des rôles très variés parce que j’avais toujours un point de repère dans mes expériences du passé.

Quelles sont vos références préférées à Paris, dans la littérature ou au cinéma ?
JR : Je suis très fan de Rimbaud ou de Gainsbourg, évidemment, mais pour moi, le summum, c’est Dans la dèche à Paris et à Londres de George Orwell. Le fait qu’un de nos plus grands écrivains ait surmonté les obstacles d’une vie difficile dans l’extrême pauvreté pour en faire un tel chef-d’œuvre représente une source d’inspiration fondamentale pour moi.

 

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