LE MAGAZINE DE LA CAR CULTURE
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Intersection n°30
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N’Allez Pas Vous Tuer

Texte et Photographie : Patrice Meignan

C’est la reine des courses de côte : Intersection s’est rendu dans le Colorado pour assister au Pikes Peaket grimper au sommet de la montagne sacrée du sport automobile.

Pour être un vrai expert de la car culture, il faut avoir mangé le sel de Bonneville, roulé sur la piste de Goodwood pendant le Festival of Speed, traîné dans les garages du Grand Prix de F1 de Monaco, participé trois ou quatre fois au Gumball, s’être frotté au Nürburgring, être allé au Mans puis au Mans Classic, avoir chillé aux Mooneyes Days au Japon, paradé au SEMA Show et enchaîné les salons de l’auto de Détroit, Genève, Paris, Tokyo et même de Marrakech.

Pour être vraiment exhaustif, il est aussi nécessaire d’avoir au moins une fois gravi les 4300 mètres de la montagne sacrée des pilotes : le Pikes Peak. Célébré cette année, le centenaire de la plus incroyable des courses de côte était l’occasion parfaite pour réaliser ce pèlerinage.

TAG Heuer, chronométreur historique des circuits les plus mythiques et des plus grandes courses, signe cette année un partenariat digne de son rang en ajoutant le Pikes Peak à son escarcelle. À l’invitation de la marque, je décolle pour Colorado Springs et le très chic camp de base de Broadmoor.

Cette épreuve fait gure de légende dans les montagnes du Colorado. Son surnom ? «The Race to the Clouds». Je me demande depuis longtemps pourquoi cette simple course de côte est devenue aussi mythique. Pourquoi en parle-t-on autant dans le milieu ? Pourquoi fascine-t-elle à ce point ?

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D’abord, l’histoire. Fondée en 1916 par Spencer Penrose, un chercheur d’or qui a fait fortune au pied de la montagne, Pikes Peak est la deuxième plus ancienne course automobile et motocycliste des États-Unis. Businessman de génie, Spencer trouve de l’or en pagaille au fond de la vallée et construit une route a n d’acheminer son butin. Pour la promouvoir, il a l’idée d’y organiser une course de côte.

Ensuite, l’épreuve. Tous les plus grands pilotes, essentiellement de rallye, l’ont attaquée et ont contribué à son histoire : à l’époque où Audi et Peugeot rivalisaient de performance, Michèle Mouton, Bobby Unser et Walter Röhrl pour le constructeur allemand, Robby Unser (le ls de Bobby) et Ari Vatanen pour le Français, se partageaient les records. En 2013, c’est Sébastien Loeb qui a explosé le meilleur temps au volant de sa Peugeot 208 T16 – record à battre.

Enfin, le risque. L’épreuve se court toujours avec le minimum de barrières de protection. Au moindre virage raté, les pilotes terminent dans le ravin : en haut, ça représente 600 mètres de chute. Les crashs spectaculaires ont fait entrer le Pikes Peak dans l’imaginaire populaire. Une course de l’extrême devenue mythique, où la philosophie #DontCrackUnderPressure de TAG Heuer prend tout son sens.

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Le samedi, veille de l’épreuve, j’ai l’immense honneur d’être embarqué jusqu’au sommet par les doyens de la course. Ils me décrivent chaque virage avec une affolante précision et des noms terri ants tels Devil’s Playground. Dans la montée, l’un d’eux me con e que c’est son cinquantième Pikes Peak alors qu’il n’a que 51 ans : déjà bébé, son père le trimbalait sur le siège passager.

Je découvre un visage plus touchant de l’événement, celui qui le rend si unique au sein d’un sport automobile professionnalisé à l’extrême. Cette course est régie par un club de passionnés portant èrement un projet qui leur a été transmis par leurs grands-parents et arrière-grands-parents. Family business.

Le risque pour la gloire, le patrimoine et l’histoire, les stars, les morts, les vétérans et la ruée vers l’or : voilà ce qui fait du Pikes Peak la course ultime.

Dimanche, c’est le jour de la course, et peut- être le seul point commun avec les autres épreuves automobiles. Je débarque à 5h30 sur le plateau de départ situé à 1920 mètres d’altitude, où j’ai rendez-vous avec une légende : Kazunori Yamauchi, le créateur de Gran Turismo, partenaire titre de l’épreuve. Quelle brillante idée que de faire la promotion de son jeu vidéo de bagnoles dans le lieu saint de la course auto ! Celui-ci n’est pas qu’un geek, mais aussi un pilote émérite qui va ouvrir l’épreuve au volant d’une Honda NSX.

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En direction du briefing pilotes, l’ambiance me prend à la gorge. La scène est belle, pleine de paradoxes et si américaine. Debout dans un camion transformé en enceinte géante, le patron de la course fait son speech devant cent pilotes mal réveillés mais très concentrés. Le silence règne lorsque le jour se lève, puis une chanteuse de gospel entonne l’hymne américain a cappella.img_6954

Les pilotes français, russes, japonais ou américains retirent leur casquette comme un seul homme, posent la main droite sur le cœur et baissent la tête. Moment de grâce avant le tonnerre mécanique. Le patron reprend la parole et exhorte les chevaliers de l’arène à ne pas se tuer («Don’t kill yourself, guys »), avant d’accueillir un prêtre indien qui bénira la course, les pilotes, les voitures et la montagne. Une scène surréaliste. Le départ est donné peu après 8 heures dans une étonnante décontraction.

Chacun sait que la sortie de route sera synonyme de gros carton, et pourtant, les pilotes iront chercher chaque seconde au péril de leur vie.

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