LE MAGAZINE DE LA CAR CULTURE
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Intersection n°30
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Paz De La Huerta : Le Cœur Sauvage

Interview : Gilles Uzan ; Photographie : Camille Vivier ; Stylisme : Alexandra Birchall-White

L’actrice, réalisatrice et artiste Paz De La Huerta nous emmène pour un road-trip illuminé.

Rendez-vous dans le Marais, quelques jours après notre séance photo. J’arrive au dernier étage d’un hôtel particulier tapi derrière Beaubourg. Devant la porte, une légère odeur de cigarette et des rires s’échappent de l’appartement : Paz m’ouvre vêtue d’une robe type gitane-énigmatique. L’insaisissable artiste est entourée de son compagnon, de quelques amis et de ses dernières peintures réalisées à Paris, où elle a élu domicile depuis quelques mois. Nous décidons de ne pas faire d’interview classique (son actualité est pourtant très riche cette année). À la place, Paz nous retrace de sa voix brûlante une sélection de ses anecdotes motorisées. L’icône du cinéma indé New Yorkais aime les voitures et ne s’en cache pas. Elle ne possède toujours pas son permis mais détient d’innombrables road-trips au compteur (quand elle conduit dans un film, elle omet de préciser cette information à la production). Assise devant un piano demi-queue, elle prépare minutieusement le cadre de notre entretien, vérifie la lumière (chaude et sombre) et place chacun de ses amis qui dirigeront son regard. Son petit ami filme la scène. Les dictaphones tournent. Moteur.

 

« Il y a un truc que j’apprécie à Los Angeles, c’est qu’on y conduit des belles caisses.

Mon ami Anthony James, un artiste anglais, possède une sublime Bentley. On était en 2011, je venais de recevoir un Screen Actor Guild Award. On était donc dans sa voiture, lui était bourré et moi je ne me sentais vraiment pas très bien. On était tous les deux très mal… Après quelques minutes à conduire lui ai ordonné de se garer, je suis sorti avec ma statuette et j’ai vomi sur le trottoir. J’ai réalisé qu’on s’était arrêté juste devant le Campus de Scientologie ! En deux secondes des mecs habillés tout en blanc sont sortis de l’immeuble et ont balancé de l’eau et on voulu me mettre sur un brancard. Moi je continuais à vomir. À un moment un des mecs m’a dit « Madame, vous êtes faite pour la Scientologie ! ». Anthony criait avec son accent anglais « Oh, faut qu’on se casse ! ». Il m’a pris par la main, moi je gerbais encore sur le trottoir des Scientologues.»

_dsc9966« Je n’ai jamais réussi à passer le permis. Tout a commencer quand j’étais gamine, je voulais apprendre à conduire, à l’époque je vivais à New York et je passais l’été en Espagne dans le ranch de mon père.

Il avait servi dans la Légion Étrangère et il possédait cette Jeep des années 50, un peu amochée mais il l’avait réussi à bien la conserver. On traversait donc tout le ranch avec, elle consommait énormément d’essence et laissait derrière elle une gigantesque trainée de fumée. Je restais à l’arrière entourée de ses dix chiens et on partait en expédition tous les jours. La propriété était énorme, il réparait les clôtures ou il m’apprenait à chasser. Un jour je lui ai demandé « Tu sais, tous mes amis du lycée ont déjà leur permis ». Ma mère n’avait jamais eu le sien, et elle venait de Minneapolis, où tu es sensé savoir conduire, je voulais pas devenir comme elle… J’ai dit à mon père « C’est le moment de m’apprendre ». Il a donc essayé de me montrer, malgré son manque de patience, à passer les vitesses. J’ai commencé à rouler et je me suis tout de suite plantée dans un arbre et j’ai défoncé la Jeep. C’était la fin de ma première leçon. On a recommencé quelque jours plus tard et je suis rentré à nouveau dans un arbre. Je pense que c’était cette caisse, j’ai reconduis plus tard sans aucun problème. J’ai déménagé à Los Angeles quand j’ai eu 19 ans. Là-bas t’es obligé de savoir conduire sinon ta vie est plutôt misérable. Ayant appris avec une manuelle, je me suis dit que ça serait plus simple d’y passer mon permis. Je conduisais déjà les voitures des mes amis sur des parking et aussi sur la PCH (Pacific Coast Highway), j’adorais cette route, je pouvais vraiment foncer, en général il était une heure du matin et il n’y avait pas de traffic, mes amis étaient assez bourrés pour me passer le volant. Là tout allait bien. Puis est venu le moment de passer le test. Le DMV (Department of Motor Vehicules, l’organisme public chargé aux USA d’enregistrer les permis de conduire) de Los Angeles, c’est l’enfer ! Et à Santa Monica, c’est encore pire. J’ai passé le test quinze fois et je ne l’ai jamais obtenu, je sais pas comment j’ai fait mais chaque fois je l’ai raté. Quinze fois en un an ! »

« J’avais rencontré à Los Angeles ce mannequin complètement écervelé, je ne vais pas donner son nom, ça serait pas cool. Moi j’avais 19 ans et je venais d’emménager là-bas. Le mec ressemblait un peu à Zoolander et il n’arrêtait pas de me draguer, il voulait absolument avoir un rancard avec moi. Il m’a fait la cour pendant trois mois, il était obsédé. Moi j’étais un peu seule, Los Angeles est une ville très aliénante, vous pouvez vous sentir vite très isolé. J’avais en plus choisi de vivre à Santa Monica, près de l’océan, un quartier qui n’avait pas la vie sociale de Venice ou Silver Lake. Donc j’ai décidé un jour d’accepter de déjeuner avec lui. Il est venu me chercher avec sa BMW, elle était très cool, c’est vraiment le genre de voiture que j’apprécie, très normale à l’extérieur et dedans, pleins de gadgets, des écrans, vous pouvez vous étendre ou carrément dormir. Il m’a donc emmené dans un restaurant de biker sur la côte, Neptune’s Nest, un endroit génial avec une vue sublime, on y mange du homard.
On venait de s’arrêter, il était au téléphone et quand il a raccrochait il a sorti un « Oh, Snap ! », exactement comme dans Zoolander ! Puis il a pris un regard très triste et je lui ai demandé quel était le problème et il m’a répondu «  Mon pote mannequin, il a fait la Une du New York Post et ils l’ont traité de boy toy ! ». Je voyais pas ce qu’il y’avait de si déprimant mais il a continué « Moi, je sais ce que ça fait de se faire traiter de boy toy, je sortais avec Donna tu sais ! ». Je lui ai dit « Donna ? », il a répondu « Ouais, Donna »  comme si je la connaissais et je lui ai redemandé qui s’était et il s’est énervé et a crié « Donna ! Madonna Ciccone ! ». Il était complètement enragé. À la fin de la journée on s’est retrouvé à l’arrière de sa BM, on s’emballait et il a commencé à sucer mon pouce en gémissant de manière très sensuelle, je me suis dit que je devais avoir un pouce super sexy ! »

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