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Intersection n°30
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Michèle Riot Grrrl sous nitro

« L’ATTITUDE DE DÉFI DANS LAQUELLE SE CRISPENT LES AMÉRICAINES PROUVE QU’ELLES SONT HANTÉES PAR LE SENTIMENT DE LEUR FÉMINITÉ. ET EN VÉRITÉ, IL SUFFIT DE SE PROMENER LES YEUX OUVERTS POUR CONSTATER QUE L’HUMANITÉ SE PARTAGE EN DEUX CATÉGORIES D’INDIVIDUS DONT LES VÊTEMENTS, LE VISAGE, LE CORPS, LES SOURIRES, LA DÉMARCHE, LES INTÉRÊTS, LES OCCUPATIONS SONT MANIFESTEMENT DIFFÉRENTS : PEUT-ÊTRE CES DIFFÉRENCES SONT- ELLES DESTINÉES À DISPARAITRE. CE QUI EST CERTAIN, C’EST QUE POUR L’INSTANT ELLES EXISTENT AVEC UNE ÉCLATANTE ÉVIDENCE. »

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Si Hollywood est une allégorie de la société américaine, il est rassurant de constater que nombre de ces différences, faute d’avoir toutes disparu, tendent à s’estomper depuis l’après-guerre. Et Michelle Rodriguez, l’actrice de Fast and Furious, pourrait bien en être à la fois la cause et la conséquence.

 

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L’industrie du cinéma est encore loin d’avoir atteint la parité. La problématique des salaires, plus évidente
à déceler puisque quanti able, demeure, tout comme le déséquilibre du contenu, la face qualitative de l’iceberg des inégalités femme-homme. A n de le surveiller, Geena Davis a fondé l’Institute on Gender in Media.
Avec le concours de Google et de son outil d’intelligence arti cielle, le pôle de recherche a développé un logiciel en automatisant l’analyse du son et de l’image de 200 lms sortis en 2014 et 2015. Les résultats sont sans appel : en moyenne, les femmes ont deux fois moins de dialogues et de temps à l’écran. Pourtant, les lms dont les rôles principaux sont féminins rapportent 15 % de plus au box- of ce. Ces actrices qu’on paye moins et dont les rôles sont moins écrits rapportent donc plus d’argent aux studios. Une enquête de l’université de Californie qui pousse aussi ses recherches aux disparités ethniques indique que trois- quarts des rôles principaux à Hollywood reviennent à des hommes blancs. Michelle Rodriguez, tout juste de retour
de la Women’s March à Washington, D.C., nous con e à quel point la communion avec près d’un million de ses sœurs (et frères) idéologiques l’a incitée à prendre des mesures pour élever les femmes au cinéma. Elle passe d’une voix sérieuse et exaltée à un ton plus léger : « J’avais apporté une enceinte. Au début, je jouais Peaches et Pussy Riot, mais je suis vite passée à des chansons plus consensuelles : Nancy Sinatra et du punk rock tout public. Il y avait beaucoup d’enfants.» Michelle déteste se faire remarquer, que ce soit dans une manifestation ou au volant de sa voiture dans son quartier de Venice Beach.

 

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Cette volonté de faire pro l bas remonte à l’enfance. Bien avant Fast and Furious, une nouvelle culture des courses de rue avait émergé dans le New Jersey, vers la rivière située près de la maison de la famille Rodriguez. Michelle allait les regarder le soir en cachette, goûtant à la clandestinité, frôlant l’illégalité. « J’y allais pour rêver du moment où j’aurais mon permis et une voiture. Je trouvais qu’il y avait quelque chose de magique à se propulser sur la route en quelques gestes, un peu comme dans une fusée », se souvient-elle. « C’était comme une sorte de superpouvoir.» À seize ans, Michelle peut en n prétendre à l’exosquelette. Son père lui apprend à conduire pendant des vacances d’été à Porto Rico, dont il est originaire. L’année suivante, elle joue souvent les chauffeurs pour lui quand il n’a pas envie de conduire. Trop content de pouvoir se reposer côté passager, son père ferme volontiers un œil sur le fait qu’elle n’ait pas son permis, mais veille sur son angle mort. C’est à 21 ans que Michelle passe en n le permis pour jouer dans l’adaptation cinématographique d’un article paru dans Vibe en 1998 sur les courses auxquelles elle assistait. À la n du papier de Kenneth

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Li, le protagoniste de l’enquête, Raphael Estevez, devient le coureur Honda le plus rapide de la côte Est et caresse l’idée d’aller dé er la scène californienne. Lorsque Michelle Rodriguez signe pour Fast and Furious, c’est un peu l’acte du « dieu méta », la réalité qui dépasse la ction. Espoir féminin des lms d’action et passionnée de drag racing, l’actrice s’impose comme une évidence pour le projet. Fast and Furious rencontre un grand succès commercial. Les critiques saluent la qualité de l’action, des cascades et des acteurs, mais la pauvreté de la réalisation et du scénario laisse un arrière-goût de nanar. Universal reconnaît néanmoins l’engouement autour du lm, engage une trilogie et change l’équipe aux commandes. 2 Fast 2 Furious sort en 2003 et ne convainc toujours pas. La saga parle de fraternité autour d’une passion commune pour le tuning et la vitesse. Plus qu’une bromance, c’est une histoire de famille. Ô combien l’Amérique est faite de cela ! La sous-culture mérite un contenu qui honore sa grandeur. Il faudra attendre le troisième opus et le réalisateur de la dernière chance, Justin Li, pour que la franchise gagne ses lettres de noblesse avec Fast and Furious : Tokyo Drift. Choisi par le studio pour son sens de la mixité et de la critique sociale, le réalisateur est considéré comme un caïd d’Hollywood depuis qu’il a tourné le dernier Star Trek. Ironie du sort, on ne retrouve aucun membre du casting principal, à l’exception d’un caméo de Dominic Toretto dans la scène nale. C’est aussi Justin Li qui développe le personnage de Letty pour donner à Michelle Rodriguez un rôle approuvé par le test de Bechdel. Inspiré par une bande dessinée d’Alison Bechdel, cet outil de classi cation des lms est une sorte de label de qualité délivré lorsque plus de deux personnages féminins sont nommés et ont une interaction qui ne tourne pas autour d’un homme. Au regret de l’actrice, les studios croient encore que la testostérone est à l’origine de ce succès : « La seule personne dont j’aie joué la petite copine, c’est Dom Toretto. La plupart des lms d’action sont écrits et réalisés par des hommes. Je reçois très rarement des scénarios mettant en avant un rôle principal féminin fort, combatif et qui se fait respecter. Comme j’aime tourner dans des lms d’action, c’est d’autant plus dif cile. À ce stade, il n’y a que Fast and Furious qui m’épanouisse.» Michelle Rodriguez choisit des rôles à son image depuis ses débuts dans Girl ght où, à l’âge de vingt ans, elle interprétait une ado s’entraînant dans le club de boxe de son quartier en cachette d’un père verbalement abusif qui projette sur elle la haine de sa mère tout en favorisant son frère. C’est lorsqu’elle incarne Ana- Lucia dans Lost que s’af rme son parcours de femme « qui suit sa propre route sans se soucier du qu’en-dira- t-on », un trait de personnalité sur lequel elle insiste à plusieurs reprises. « J. J. Abrams est quelqu’un de merveilleux. Il est à fond pour l’égalité des chances

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et le multiculturalisme. Lorsqu’il regarde une femme, il regarde un être humain. Lorsqu’il regarde un homme,
il regarde un être humain. Il ne voit que les histoires et les archétypes de la société. Les réalisateurs comme lui, James Cameron ou George Lucas ont le pouvoir de changer les choses à Hollywood », dit-elle pour expliquer le lien entre son parcours initiatique et celui que traversent ses personnages.

(L’intégralité de l ‘interview dans Intersection #31)

Texte : Elodie Tacnet

Photos : Gilles Uzan

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