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CAR CULTURE Maserati Karif

Le soleil se couche sur le golfe d’Aden, bercé par un clapotis enjôleur quelque part entre le Yémen et la Somalie. Quelques nuages s’amoncellent. Soudain, une mousson perçante s’invite et détrempe ce tableau bucolique. Elle est accompagnée de son vent de sud-ouest attitré : le karif. Le symbole aurait dû sonner comme un avertissement pour Maserati. Certes, la marque de Bologne a toujours eu le chic un peu geek de dégoter les noms des vents les plus exotiques pour baptiser ses voitures (Ghibli, Khamsin, Shamal…), mais elle aurait pu se douter que celui-ci portait sur ses ailes le délicat parfum du flop…
En 1988, pour combler le vide laissé par la Bora («vent du nord» en grec ancien) depuis dix ans dans la catégorie des coupés GT deux places, la Karif est lancée en piste. Cet étrange Frankenstein est une biturbo (le modèle phare de Maserati depuis sept ans) en version Spyder (la décapotable, à l’empattement plus court), ici avec un pavillon xe de coupé.

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«Les proportions étaient inhabituelles pour une voiture de si haute performance», résume aujourd’hui sur son site la marque italienne à propos de la bestia de Bologne qui s’est hissée sans forcer à la vingtième place du classement des «voitures les plus horribles des années 80» établi par le magazine Complex.
En attendant, Maserati restait bien droit dans ses loafers roses : malgré un accueil plutôt mitigé côté plumage, le ramage voulait faire oublier ces errements. Le V6 biturbo (ramené à 255 cv) emporte le coupé à 255 km/h en pointe (0 à 100 km/h en 4,8 secondes). «La Karif est un animal de route exceptionnel», susurrait sa brochure d’un ton feutré et vraisemblablement nimbé d’une moustache fournie. «C’est une expérience de conduite excitante, une invitation à se sentir à nouveau comme un pilote de course, au plaisir subtil procuré par la pulsation de tant de chevaux tout en sachant que vous les contrôlez à l’envi.»

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La puissance et la domination : malgré ce viril appel du pied, Maserati ne vendra que 222 des 250 exemplaires de Karif prévus. En 1993, ciao ! Le coupé est prié d’aller voir ailleurs si la mousson est bien à l’heure cette année, et si, décidément, porter un blase éolien porte malheur (Scirocco, Typhoon, Zephyr…).

Pendant ce temps-là, la Maserati Biturbo, son inspiratrice à succès un peu gênée, allait continuer sa carrière jusqu’en 1994 sans lui adresser le moindre faire-part de condoléances. Ni même, pouffons, lui souhaiter bon vent. Répudié sur la pointe de ses jantes de 15 pouces, le vivace petit coupé à la gueule de boîte de Sebago restera donc un objet de fantasmes pour quinquagénaires à queue de cheval.

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