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L’art du cruising

Dans la carrière du rappeur Américain, tout tourne autour de la voiture : ses chansons, ses clips, ses punchlines. 

Photographie : Ahmed Klink Texte : Philipp Stadler Stylisme : Tyga

Oh lil Porsche, I got a thing for you / Every single night I’m having dreams ‚bout you / Take you out to eat, don’t
that sound crazy? / Wash you up nice and clean for paparazzi» (extrait du single «Lil Porsche »). Rares sont les textes de Tyga qui ne rendent hommage à la voiture. Le rappeur de Compton, l’un des quartiers les plus chauds de Los Angeles, s’inscrit ainsi dans une tradition de plusieurs décennies. Le rap a toujours parlé bagnoles, hier comme aujourd’hui, mais on est en droit de se demander pourquoi. Les voitures sont-elles donc la réponse à l’éternelle question du sens de la vie ? Le chemin de la gloire passe-t-il nécessairement par une grille de radiateur chromée ?

Blague à part, cette passion est évidemment liée à l’argent et au prestige qui l’accompagne. La voiture est un symbole statutaire qui parle au plus grand nombre et fait partie d’un certain code de valeurs :

« I spent 1.8 million of my hard-earned money / To buy this motherfucking car, I had heard about called the Bugatti» (extrait du single «Hello I’m Ballin’ »). Des mots comme Mercedes, Ferrari ou Lamborghini se comprennent parfaitement dans toutes les langues. Ils sont synonymes de réussite, de richesse et de convoitise, ce dont parlent justement la plupart des textes de Tyga. Néanmoins, il faut aussi rappeler que l’exhibition ostentatoire de bijoux automobiles nommés Rolls-Royce ou Lamborghini est aussi une grosse provocation à l’encontre de l’establishment (blanc). À bientôt trente ans, ce musicien qui jongle avec ses clés de Bentley tout en tirant sur son joint met à mal la morale du « sois sage, travaille dur et tu seras récompensé ». Non pas que Tyga soit paresseux, loin de là, comme le prouvent ses nombreuses expériences professionnelles, entre la création de
son propre label de musique Last Kings Records, la production de clips à succès et le lancement de la collection de baskets T-Raww Runners en collaboration avec L.A. Gear. Pauvre et underground ou riche et célèbre, Tyga a toujours accordé une place centrale à la voiture. Dans ses paroles et sur ses pochettes. On ne s’étonne donc en rien de voir une Veyron sur celle de son dernier album Bugatti Raww.

À une certaine époque, les préférences automobiles des côtes Est et Ouest américaines étaient clairement différentes. Les rappeurs East Coast étaient obsédés par les marques européennes de luxe, tandis que la West Coast préférait nettement les lowriders richement accessoirisées. Le boom du marché des voitures de luxe et des supercars a aussi modifié les aspirations et les rituels de représentation de la communauté hip-hop. Le revêtement à la feuille d’or sur l’Audi R8 de Tyga a soi-disant été réalisé en usine, mais il aurait en fait été appliqué à la main par l’un des garages de gangsters latinos établis de longue date dans le quartier du port. Attirer l’attention à tout prix ? Oui, même quitte à piquer les yeux. L’art du cruising, c’est un métier. Après tout, quand on a grandi dans un milieu où la célébrité est considérée comme l’ultime objectif de l’existence, on cherche à gagner de l’argent le plus rapidement possible – peu importe comment, du moment qu’on peut prendre la pose en Bugatti.

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