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Intersection n°30
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Sur La Vague de Lapo

Texte et photographie : Gilles Uzan

Lapo Elkann crée ses art cars et expose celle des autres à Los Angeles.

Il y a à peine un an, l’excentrique Lapo Elkann entamait une nouvelle aventure : Garage Italia Customs, un atelier de personnalisation haut de gamme situé en plein cœur de Milan. Installé dans une ancienne station-service AGIP dessinée par l’architecte italien Mario Bacciocchi en 1952, Garage Italia offre à ses clients le pouvoir de réaliser leurs fantasmes automobiles. Le bolidage de luxe proposé par l’atelier ne s’arrête pas aux voitures : yachts, scooters et avions font partie de la centaine de projets réalisés depuis son ouverture. Sa spécialité ? Envelopper le véhicule dans une robe de vinyle aux graphismes rugissants. Les intérieurs ne manquent pas d’extravagance non plus : du denim dans une Jeep Renegade, du cachemire dans une Fiat 500X ou du cristal Swarovski pour une édition limitée de la Fiat 500 en collaboration avec Diesel. Nous rencontrons Lapo Elkann en compagnie de deux de ses récentes créations, une Alfa Romeo 4C et une BMW i8. Invité à L.A. par son ami collectionneur et galeriste new-yorkais Adam Lindemann à l’occasion de l’exposition collective Piston Head II, il profite de ce voyage californien pour étendre les champs de sa luxuriante créativité.

Intersection : Comment cette collaboration avec Piston Head et Adam Lindemann a-t-elle débuté ?
Lapo Elkann : Adam et moi sommes amis depuis très longtemps. Notre rencontre remonte à l’époque où j’étais assistant de Henry Kissinger à New York, après le 11 Septembre. Nous étions voisins et possédions beaucoup de passions en commun, notamment pour l’automobile, les motos, l’art et les belles choses. Je lui ai vendu sa première Ferrari ! Cet intérêt pour les « art cars » a commencé il y a trois ans à Miami pendant la première exposition Piston Head. Nous nous retrouvons aujourd’hui en tant qu’amateurs et artistes à L.A. dans la galerie d’Adam, Venus Over Los Angeles, avec une Alfa Romeo 4C peinte à la main rendant hommage à Hokusai : l’intérieur en cuir a été traité comme de l’écaille de carpe, le frein à main et le volant s’inspirent des katanas de samouraïs, et le tout a été réalisé par nos maestros chez Garage Italia. Nous présentons aussi une i8 sur la base d’un tableau de Giacomo Balla, le chef du mouvement futuriste italien.

C’est à la fois un honneur et un plaisir de participer à l’exposition d’Adam. L’industrie de la mobilité a besoin de cette énergie et de cette créativité. Le marché de la personnalisation automobile pèse aujourd’hui 597 milliards d’euros. Il y a quelques années, nous avions démocratisé le concept de personnalisation avec une Fiat 500. Pour Ferrari, j’ai créé le département Tailor-Made (voir Intersection 28). Nous avons travaillé sur des projets «one-off» qui peuvent prendre entre 12 et 14 mois sur la base du véhicule existant d’un client, que ce soit une 488 ou une Enzo. Aujourd’hui avec Garage Italia, nous comblons un manque dans cette industrie, et relions l’art, le design, la mode et l’automobile. Nous voulons concrétiser les rêves de nos clients, quel que soit le véhicule qu’ils conduisent. Nous ne nous imposons aucune limite et notre équipe ultra qualifiée ne connaît pas de concurrence à ce jour. Nous voulons apporter cette vision à 360° au monde de la mobilité.

Inter : Est-ce qu’il vous arrive de censurer certains désirs de vos clients ? De leur dire non ?
LE : Avec Garage Italia, « I don’t take no for an answer » ! Je comprends tout à fait cette envie de singularité, ce désir d’affirmer sa personnalité. Les constructeurs automobiles ne peuvent pas se le permettre, mais nous, si. Nous ne bridons ni nos clients ni nos équipes. L’industrie automobile n’est pas morte comme beaucoup de gens peuvent le penser. C’est un monde stimulant qui recèle énormément de possibilités.

Inter : Cette exposition vous donne-t-elle envie de collaborer avec davantage d’artistes ?
LE : Absolument. Je suis déjà en train de parler avec certains de nos clients, mais aussi plusieurs artistes. J’ai passé le mois d’août entre Los Angeles et San Francisco pour rencontrer des gens du secteur de la technologie, des créatifs… Les artistes qui travaillent avec les technologies digitales m’intéressent beaucoup. Des boîtes comme Apple ou Google me permettent de comprendre quel sera le futur de l’infotainment dans l’habitacle de nos voitures. Avant tout, entretenir des conversation avec des artistes relève de la stimulation intellectuelle. En tout cas, nous avons beaucoup de projets en cours où nous collaborons avec des artistes, et pas seulement dans le monde automobile.

Inter : Quel serait le projet de vos rêves ?

LE : Nous avons travaillé sur des avions, des hélicoptères, des voitures et des motos. Mon prochain rêve serait de personnaliser une navette spatiale ! Tout ce qu’on envoie dans l’espace me passionne, comme par exemple le Mars Rover. C’est un futur qui semble lointain. Cela nécessite une connaissance approfondie des matériaux et des technologies employés. Ce qui m’intéresse dans tout ça, c’est à nouveau la personnalisation, le beau, l’esthétique, mais aussi l’innovation profonde. En tant qu’entrepreneur et créateur, j’aime regarder loin !

Inter : Justement, comment imaginez-vous l’avenir de l’automobile de luxe ?
LE : Dans le mass market, le concept de partage est ce qu’il y a de plus intéressant. Je pense que beaucoup de marques vont s’unir pour affronter les difficultés. L’entrée du secteur de la technologie dans l’industrie de la mobilité va provoquer des alliances. Ces deux mondes devront travailler main dans la main. Dans le domaine haut de gamme, Ferrari, Maserati, Lamborghini ou Bugatti continueront à concevoir des objets merveilleux. Ce petit pourcentage du monde automobile va s’agrandir, mais la vraie nouveauté viendra des pièces uniques, comme ce que fait Touring Superleggera, par exemple (voir Intersection 24). Un nouvel univers de la pièce unique va s’ouvrir. La personnalisation sur base existante possède également un bel avenir. C’est quelque chose qu’on peut observer dans les concours d’élégance. Le luxe de masse ennuie. Aujourd’hui, plus personne ne s’enthousiasme pour un produit que l’on retrouve à la fois à Paris, Londres et New York.

Inter : Vous fréquentez beaucoup les concours d’élégance. Ne trouvez- vous pas que ce secteur de l’automobile a aujourd’hui nettement perdu en culture ?
LE : Ça ne touche pas que l’automobile, mais aussi la mobilité et peut- être même le luxe. Il y a une telle envie de faire de l’argent, en poussant sur le marketing et les campagnes publicitaires… Notre monde gagne en cynisme ce qu’il perd en culture et en beauté. Pour que les gens tombent amoureux des produits, il faudrait réapprendre à raconter les histoires. Un peu comme avec la nouvelle Fiat 500. Des histoires que racontent des voitures légendaires, pas juste du pipeau pour faire vendre. Pour ça, encore une fois, il faut être courageux, ce qui n’est pas le cas de tous les constructeurs ni de tous les designers. On produit de grandes campagnes publicitaires sans aucune profondeur. Pour mettre de la profondeur, il faut de la détermination, de la constance, ne pas avoir peur, et parfois, la concrétisation des idées importantes exige du temps. Il y a quinze ans, quand je poussais les couleurs mates, les gens me disaient : «C’est dégoûtant ». Aujourd’hui, on voit du mat partout. Il faut se battre pour ses idées. Si tu crois en quelque chose, il faut constamment lui donner de l’énergie. C’est pour ça qu’on est ici aujourd’hui. On veut aider les gens à retomber amoureux de l’automobile à travers l’art et la culture. C’est quelque chose que je veux réaliser avec Garage Italia Customs. On veut exporter cette idée aux États-Unis et en Asie. Je crois fortement en ce concept et je souhaite le pousser à niveau mondial.

29 novembre 2016
Le Caméléon
1 décembre 2016
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