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La voiture oubliée

Prairie, quel joli nom pour une auto ! À première vue, ce cube de tôle pourrait symboliser tout ce que les années 80 ont conçu de pire en design automobile : des angles droits, des surfaces plates et des lignes rectilignes, et pourtant, cette apparente simplicité se cache un jalon méconnu du design automobile. En 1982, date de sa présentation, le monospace est une espèce qui n’existe pas encore. Nous sommes un an avant l’apparition du Dodge Caravan (notre Chrysler Voyager), ersatz en réduction du van à l’américaine, et deux ans avant que le Renault Espace ne « révolutionne » l’automobile. Discrètement, les Japonais avaient un coup d’avance. Malheureusement pour eux, ils ne le commercialiseront que deux ans plus tard. Giorgetto Giugiaro, le « designer du siècle », avait en 1978 planté la première graine du genre avec son concept car Lancia Megagamma qui a posé les bases du monospace moderne tel qu’on le connaît aujourd’hui. Les designers de Nissan semblent avoir repris trait pour trait le concept. Non sans l’avoir considérablement amélioré. Principale différence, les portes coulissantes arrière, à la place de portières traditionnelles, libèrent un espace immense pour monter à bord en l’absence de montant central – solution qui ne sera reprise que par le Ford B-Max… de 2012. Si le Renault Espace peut se transformer en salon, les sièges de la Prairie peuvent se transforment en couchette parfaitement plate pour deux personnes. Parce que piquer un roupillon dans sa voiture, c’est si pratique. Vous en doutez ? Pourtant, Nissan a tout prévu pour faire de la Prairie une vraie « voiture à vivre ». Avec 8 places au Japon, la gamme d’accessoires disponibles sur son marché local permettait de transformer le monospace en véritable camping- car miniature : rideaux, compartiments de coffre faisant office de sièges et de table de pique-nique, et même auvent spécialement dessiné pour être le roi du camping. Une version à 4 roues motrices, qui aura son petit succès en Suisse, viendra épauler la gamme (avec une excitante variante Nordica à porte-skis). L’imagination des équipes de Nissan ne s’arrête pas là. Ils inventent ainsi de nouvelles variantes à leur véhicule avant-gardiste. Au Salon de Tokyo 1985, le Nissan Prairie 4WD Winter Space Wagon se la joue van de sports d’hiver, avec porte-skis, chaîne hifi et bureau mobile embarqué, coffre à chaussures de ski et une remorque pour les bagages (faute de place ailleurs). En 1987, la Nissan Prairie Estate High Roof s’imagine un espace agrandi par l’adjonction d’un toit surélevé (et de sièges avant rotatifs). En 1988, une seconde génération voit le jour, avec un avant profilé, et sera vendue jusqu’en 1998. En Europe, cette voiture a connu un relatif anonymat, contrairement au Renault Scenic de 1996 qui y a lancé la mode des monospaces compacts. « C’est déjà la voiture des années 90 », disait la publicité française de la première Prairie, tout aussi menue. Prémonitoire.

3 janvier 2019
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