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La Porte de la Perception

LA MCLAREN 570GT S’OFFRE UNE TROISIEME PORTE POUR S’OUVRIR A DE NOUVEAUX HORIZONS

Texte : Yan-Alexandre Damasiewicz, Photographie : Adrien Toubiana

« Si les portes de la perception étaient nettoyées, chaque chose apparaîtrait à l’homme telle qu’elle est : infinie. Car l’homme s’est refermé sur lui-même jusqu’à considérer toute chose par les brèches étroites de sa caverne. » William Blake a inspiré Aldous Huxley, Jim Morrison et toute une génération de Californiens chevelus sous mescaline, mais aussi, apparemment, quelques très sérieux ingénieurs automobiles anglais.

Aimez-vous les supercars ? Tout le monde aime les supercars, n’est-ce pas ? Et bien non, pas moi. Pourtant, j’aime rouler trop vite, sentir les G dans des virages passés à la limite, me faire peur quand les aiguilles s’affolent et que le champ de vision se rétrécit. Alors, quel est le problème ? L’excitation de la vitesse évanouie, ces voitures me lassent. Elles sont trop confinées, elles font trop de bruit, elles vous secouent trop. Les supercars me rendent claustrophobe, elles m’oppressent, elles m’épuisent.

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Attaquer la Route Napoléon au volant d’une Ferrari, c’est aussi intense qu’un décollage en navette spatiale ; mais essayez donc de relier, disons, Paris à Venise d’une seule traite en conduisant un de ces bolides et vous en descendrez en rampant, le dos meurtri et la tête en compote, tel un cosmonaute fraîchement débarqué dans la steppe kazakhe après un séjour de douze mois à bord de l’ISS. Il y a plus prestigieux comme expérience.

De nos jours, traverser l’Europe au volant de sa voiture n’est plus un plaisir très en vogue, mais fut un temps, c’était l’apanage du ghota. Et plus précisément des Britanniques, qui aimaient à descendre de Londres jusqu’à la côte d’Azur au volant de leur Jaguar, Aston Martin et autres Bristol. C’était l’époque des GT, des « Grand Tourisme », des voitures extrêmement rapides, mais aussi luxueuses, spacieuses et confortables. Pas vraiment le descriptif d’une sportive extrême. Et si ?

Depuis cinq ans, l’équipe de Formule 1 McLaren s’est diversifiée dans la production de supercars. Sa première création, la MP4-12C, s’est vite déclinée en une grande famille de voitures de sport de la trempe des Ferrari, Lamborghini, etc. Ce sont des voitures formidables, très efficaces et amusantes, mais leur conduite vous passe autant à la centrifugeuse que celle de leurs rivales. Jusqu’à l’arrivée ce printemps de la nouvelle 570GT.

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Vue de face, elle paraît identique à la petite 570S dont elle s’inspire. C’est à l’arrière que tout change : au lieu du classique capot moteur horizontal encadré de deux montants de toit, comme sur la plupart des supercars à moteur central arrière, la GT dispose d’une chute de pavillon effilée et, surtout, d’un hayon. Oui, une troisième porte. Une porte qui va changer votre regard sur les supercars. Une porte qui permet d’entrer dans un monde nouveau.

Dans un premier temps, c’est surtout une porte qui permet d’accéder à un coffre nouveau. Il n’est pas très grand (le moteur n’a pas changé d’emplacement, il se trouve juste en dessous), mais suffisamment pour accueillir deux sacs, il est joliment gainé de cuir et intelligemment aménagé avec des rails et des sangles qui maintiennent les bagages en place. En réalité, le détail qui change tout, c’est que le coffre communique avec l’habitacle.

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La 570GT n’est plus une de ces supercars au cockpit troglodyte : ici, il y a de l’espace, de l’air – derrière et au-dessus, le panneau vitré du coffre prolongeant le puits de lumière du toit panoramique, tout aussi transparent. Soudain, je respire et les perspectives d’utilisation de la voiture explosent dans l’arc-en-ciel des couleurs du GPS. À nous la route, vers l’infini.

Rouler trop vite : oui, c’est possible – jusqu’à 328 km/h. Faire de même dans les virages ? L’adhérence phénoménale, la direction idéalement équilibrée et la parfaite visibilité vers l’avant font que l’on s’engouffre dans les courbes sans se poser la moindre question. Se faire peur ? Avec ses deux turbos, le V8 libère vigoureusement ses 570 chevaux, et à l’approche de la zone rouge, le paysage semble passer en hyperespace, mais tout ça, n’importe quelle McLaren peut en faire autant. Ce qui change ici, c’est une atmosphère plus détendue et raffinée qui donne envie de ne jamais s’arrêter. Rouler loin ? Oui, ça aussi, c’est désormais possible. Passer la porte de la 570GT revient à embarquer pour le meilleur des voyages cosmiques.

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