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Intersection n°30
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La nostalgie de Beyrouth

LA VISION DE LA PHOTOGRAPHE TANIA FEGHALI PEUT SE DÉFINIR COMME CELLE D’UNE ROMANTIQUE DE L’AUTOMOBILE. POUR ELLE, LA VOITURE S’IMAGINE COMME UN OBJET CINÉMATOGRAPHIQUE QUI INSPIRE IMMÉDIATEMENT UNE ATMOSPHÈRE LUI ÉTANT PROPRE. DE SES VOYAGES, ELLE RAPPORTE BEAUCOUP DE CLICHÉS DE VOITURES RICHES EN SOUVENIRS, QU’ILS RACONTENT DE LONGUES HISTOIRES OU DES MOMENTS FUGACES. VOICI LES RUES DE BEYROUTH TELLE QU’ELLE LES A CAPTURÉES.

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La brise méditerranéenne fait souf er sur Beyrouth un vent chaud et accueillant qui porte le parfum de la mer et l’odeur des pots non catalytiques. La ville est animée par une circulation folle, dramatique, chaotique et attendrissante dans un brouhaha de vieux moteurs, une symphonie de klaxons et d’insultes en arabe. Ça me rappelle le chaos surnaturel de Naples, mais savamment assaisonné d’une pincée du nonsense d’Addis Abeba et d’un léger twist de la folie organisée de Bombay.

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Les week-ends libanais se déroulent dans l’indolence, rythmés par une in nie succession de mezzés et l’énergie d’une capitale connue pour sa fureur de vivre. En ânant dans les ruelles ensoleillées de Mar Mikhael ou Bourj Hammoud, on tombe facilement sur des groupes d’hommes qui se retrouvent devant les garages et les magasins de pièces détachées pour passer la journée à travailler sur leurs voitures. Tuning, custom, réparation, accessoirisation… ces activités du samedi m’ont toujours rassurée et inspiré un sentiment de sérénité.

D’une nostalgie irrésistible, la ville de Beyrouth et ses voitures semblent sorties d’un passé cinématographique, d’un espace-temps qu’on aurait mis sur pause. Les Libanais adorent leurs vieilles voitures. Ils aiment les customiser et les réparer eux-mêmes. Cette contre-culture s’oppose totalement à la mode automobile des nouveaux riches inspirée par la car culture des Émirats arabes et de l’Arabie Saoudite (à leur tour in uencés par les États-Unis), avec ses gigantesques SUV blancs et noirs, ses vitres teintées et ses allures de Kim Kardashian.

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Beyrouth revendique un catalogue exhaustif de modèles exotiques qui nous font voyager de l’Amérique classique des Buick et
des Cadillac jusqu’au Japon des Datsun et des Toyota Corolla des années gangster. Quand j’étais adolescente, je venais l’été à Beyrouth pour voir mon père et nous roulions dans la Toyota Corolla Deluxe marron de son cousin Nabil. C’était un modèle de la n des années 70 en très mauvais état – pas de clim, vitres cassées, sièges défoncés – mais il tenait encore debout. Je me souviens tout particulièrement d’un été où nous avions roulé  de Beyrouth à Tyr : 100 kilomètres en ligne droite sous le soleil dans la canicule de la côte, 40 degrés dehors, 50 à l’intérieur. Arrêtés sur la route par une panne mécanique non loin de Sidon, tous les habitants avaient accouru pour nous aider.

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Les bananeraies le long de la route, le soleil encore très haut dans le ciel, les cassettes de George Wassouf dans l’autoradio, l’odeur
de l’intérieur brûlant de la Toyota mêlée à la fragrance du tabac des Gitanes restent des souvenirs marquants dans mon imaginaire automobile. fullsizeoutput_402

En regardant par la vitre, on voit dé ler les motos syriennes, les mini- vans customisés Ferrari ou Porsche avec une vingtaine de personnes à l’intérieur, les Chrysler Le Baron, les Peugeot 504 et 404, les Buick, les Mercedes (surtout des « W123 »), les Pontiac, les Datsun 1200, les Nissan Cherry, etc. Un vrai paradis poussiéreux. Et pas seulement pour les chasseurs de contre-culture automobile.

Texte et photos : Tania Feghali 

 

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