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Hérésie !

ELECTRIC GT LANCE LA PREMIERE FERRARI ELECTRIQUE

Texte et photos : Gilles Uzan

Quelques pintes de bière suffisent parfois à changer la face du monde. Ou comment un Californien a décidé de créer la première Ferrari électrique avec des amis. Sergio Marchionne (l’actuel PDG de Ferrari) a récemment qualifié publiquement cette idée d’obscène : « Il faudra me tirer dessus d’abord », a-t-il lâché durant une conférence de presse. Du pain béni pour Eric Hutchinson, fervent partisan de la controverse qui n’a pas attendu l’avis du constructeur pour lancer cet ambitieux projet il y a maintenant un an et demi. Avec ses amis, il s’est demandé quelle voiture se prêterait le mieux au jeu de la conversion électrique. Comme beaucoup d’adolescents de sa génération, il a grandi en admirant Tom Selleck au titre de figure paternelle. Son choix se porte donc sur la 308 GTS de 1978 en référence au détective privé hawaïen. Une semaine lui suffit pour trouver une GTS entièrement calcinée dans une décharge à la suite d’une fuite d’essence. Avec un moteur définitivement inutilisable, les remords sont moindres, mais Eric demeure bien conscient qu’il ne se fera pas que des amis dans la communauté Ferrari. Travaillant dans l’immobilier mais depuis longtemps passionné de restauration automobile, il n’arrive pas à se contenter de ce projet pourtant déjà ambitieux. Eric se lance le défi de doubler la puissance et le couple de la voiture originale.

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Soucieux d’atteindre ses objectifs, il s’entoure des meilleurs ateliers et ingénieurs de la région. Par exemple, c’est EV West qui se charge de la motorisation (EV West est réputé pour ses conversions électriques de Coccinelle et de Combi). Nous nous donnons rendez-vous au nord de San Diego dans un petit restaurant en bord de mer. L’effet produit par une Ferrari encore plus silencieuse qu’une Tesla est pour le moins étonnant. La restauration extérieure, fidèle à l’originale, est trahie par de nouveaux emblèmes (Electric GT et GTE) et des jantes provenant d’une 360 Modena. L’habitacle est également très proche de l’original. En revanche, les compteurs sont adaptés à la nouvelle motorisation pour indiquer l’autonomie et l’intensité du courant des batteries. Quelques boutons permettent d’activer les freins moteur et la régénération des 48 éléments Lithium-Ion. Sous le capot avant, des batteries occupent presque tout l’espace disponible. On en retrouve à l’arrière autour de l’imposant bloc moteur. Trois étincelants cylindres rouges de 75 kW chacun produisent l’équivalent de 415 ch et 447 Nm de couple, le tout rattaché à une boîte cinq rapports G50 de Porsche 911. Tout un programme.

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Eric commence la démonstration. Si la voiture démarre très facilement en seconde, il faut jouer de l’embrayage pour démarrer en première.
Le couple est tout simplement phénoménal pour une voiture aussi légère (à peine 75 kilos de plus que la GTS). Un démarrage énergique embaume l’habitacle d’une douce odeur de gomme brûlée. La GTE atteint très vite les 80 km/h en seconde. Eric admet que les changements de rapports sont inutiles pour une utilisation quotidienne. La troisième permet d’atteindre 185 km/h, et la quatrième 251 km/h (il n’a pas encore pu tester la cinquième !). S’il est courant pour les voitures électriques actuelles d’utiliser une transmission directe ou deux vitesses, Eric a choisi une boîte « classique » pour augmenter son autonomie. Aujourd’hui, la GTE peut parcourir

electric-gt-ferrari-3144 kilomètres avant de devoir être rechargée. Eric pense bientôt installer des batteries Tesla de 75 kW/h pour doubler l’autonomie et rejoindre les performances des meilleurs modèles du marché. Nous nous arrêtons sur une route de campagne rythmée de palmiers
(le cadre parfait) et Eric me cède sa place. Utiliser une pédale d’embrayage sans entendre le moteur désempare pendant les premières minutes. L’embrayage Porsche est plutôt physique, mais les changements de rapports se font rares sur une route aussi sinueuse. Si l’accélération est décoiffante, nous sommes encore loin du mode Ludicrous d’une Tesla S. Eric m’encourage à écraser vigoureusement le pied au plancher. La GTE accélère sur des rails. La direction est un peu lourde, mais la voiture est littéralement scotchée à la route, légèrement sous vireuse, et il faut être généreux pour commencer à sentir le train arrière dériver. Les barres antiroulis, beaucoup plus rigides que celles d’origine, et les nouveaux pneus Hankook Ventus R-S3 ne sont pas étrangers à son comportement à la fois prévisible et rassurant. Qui peut se vanter d’aller faire ses courses en Ferrari ? Contrairement aux voitures électriques actuelles, la 308 d’Eric ne procure aucune frustration au conducteur. La boîte manuelle et l’absence totale d’aide à la conduite la rendent tellement plus agréable et intéressante qu’une sportive contemporaine. Aujourd’hui, Eric a ouvert son carnet de commandes. Une Fiat 124 Spider est en préparation pour une cliente locale. Elle sera directement équipée de batteries Tesla promettant une autonomie de 240 kilomètres.
Si votre Ferrari a le malheur de prendre feu, vous saurez maintenant quoi en faire.

15 septembre 2016
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20 septembre 2016
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