LE MAGAZINE DE LA CAR CULTURE
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Intersection n°30
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C’est l’Histoire de Trois Gamins…

Texte et photos Gilles Uzan

…QUI FABRIQUENT UNE VOITURE DANS LEUR GARAGE

La culture du hot rod remonte aux débuts de l’industrialisation de la production automobile, quand des adolescents et de jeunes adultes écumaient les casses pour créer leurs propres bolides en mettant le génie de la récupération à l’œuvre. À l’époque, le tuning 1.0 était une pratique démocratique. Depuis, transformer sa voiture est devenu le rentable business qu’on connaît. Pour quasiment tous les modèles des dernières décennies, il existe des pièces permettant d’améliorer leur apparence ou leurs performances, ou de les ramener à leur état original. Les dernières avancées dans les domaines de la conception assistée par ordinateur et de l’impression 3D pourraient rendre au bricoleur du dimanche le pouvoir de créer lui-même sa voiture de rêve.

C’est encore une histoire de rencontres, en l’occurrence entre Mickey McManus, futuriste chez l’éditeur de logiciels 3D Autodesk, et le producteur-pilote-cascadeur Mouse McCoy (voir Intersection 25). Mickey et Mouse, ça ne s’invente pas.

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Mouse, qui construit intégralement des véhicules pour les publicités Hot Wheels, se demande pourquoi il n’est pas possible de conduire ses créations. Quant à Mickey, il cherche à repousser les limites de Dreamcatcher, son nouveau logiciel de conception 3D. Dreamcatcher permet de générer automatiquement des milliers, voire des millions d’itérations d’un même design afin de trouver celui qui possède les caractéristiques optimales dans un cadre de contraintes donné. L’utilisateur entre ses objectifs fonctionnels, les matériaux désirés, les méthodes de production envisagées et même son budget. Ce procédé appelé « design génératif » est issu des recherches d’Autodesk en matière d’intelligence artificielle. Il pourrait bien révolutionner la façon dont les ingénieurs et les designers conçoivent les objets.

hack-rod-3Pour tester tout le potentiel de ces algorithmes, Mickey pense à l’automobile, un secteur d’expérimentation plus risqué que celui des chaises, mais habité par des passionnés. Mickey et Mouse, aventuriers de leurs domaines respectifs que sont la science et la course automobile, se lancent alors dans une collaboration unique en son genre. Ils sont rapidement rejoints par Greg Tracy, pilote plusieurs fois vainqueur de Pikes Peak, et Felix Holst, ancien designer en chef chez Hot Wheels.
Une fois l’équipe formée, ils imaginent le hot rod du futur : Hack Rod. Pur projet expérimental, Hack Rod prend la forme d’une plateforme de création permettant à n’importe qui d’inventer sa propre voiture, qu’elle soit virtuelle, réelle ou en modèle réduit. Cette plateforme propose ses propres designs, mais dispose aussi d’une base de données de modèles, moteurs et pièces existantes. Si vous ne trouvez pas votre bonheur, il vous suffit de scanner en 3D le véhicule ou la pièce désirée pour la numériser et la retravailler ensuite à volonté.

 

Design et intelligence artificielle

L’équipe Hack Rod a donc imaginé sa voiture idéale, un roadster ultra léger, pesant si possible moins de 500 kilos et avec un design rétro-minimal. Pour Mouse McCoy, c’est la voiture que tout le monde désire posséder sans la trouver sur le marché. Première étape : concevoir un châssis. Pour Mouse qui a couru le Baja 1000 à de nombreuses reprises, la mission est simple.
Un ami préparateur lui conçoit un châssis tubulaire en acier relativement classique. La motorisation est confiée à un bloc de Ducati 1199 Panigale. Le premier châssis monté, les tests peuvent commencer. Sur ce prototype, l’équipe d’Autodesk installe des dizaines de capteurs qui enregistrent les mouvements des éléments de suspension, mais aussi les forces appliquées au châssis. Des essais sont réalisés sur circuit et dans le désert avec une configuration tout-terrain. Ces quantités colossales de données permettront à Dreamcatcher de créer le châssis ultime. Les calculs du logiciel donnent vie à des millions de versions aux formes organiques. Pour la fabrication, Hack Rod s’est associé avec un partenaire de taille : Lockheed Martin. Le groupe aéronautique peut aujourd’hui imprimer des pièces d’avion en titane ou en aluminium. C’est chez Lockheed que l’équipe rencontre Slade Gardner. À l’époque en charge des technologies de fabrications de pointe. Enthousiasmé par Hack Rod, il rejoint l’équipe en tant que CTO. Hack Rod expérimente cet été plusieurs versions : un châssis en titane, un autre imprimé en fibre de carbone, et un dernier soudé manuellement avec des tubes d’acier chromoly. Les résultats ressemblent plus à des œuvres d’art qu’à des pièces automobiles.

 

L’infini champ des possibleshack-rod-1

Vous avez une épave d’Aston Martin dans votre garage ? Dans un futur proche, la plateforme Hack Rod vous permettra d’y adapter la motorisation ou la transmission d’une voiture plus moderne, de la convertir en propulsion électrique, de faire évoluer son design selon vos goûts. Nos casses regorgent de trésors automobiles. À quoi bon acheter de nouvelles voitures quand on peut remettre à neuf n’importe quel tas de ferraille ? Un service comme Hack Rod permettrait de recycler des millions de tonnes d’acier sans besoin d’être ingénieur. Un défi écologique et également humain. Potentiellement, ces technologies pourraient générer des milliers de nouveaux emplois.

Hack Rod vient de signer un contrat pour la télévision. En 2017, le projet s’incarnera sous la forme d’une émission de téléréalité sur History Channel. Le concept ? Plusieurs équipes s’affrontent pour lancer leur marque de voiture à l’aide de la plateforme. Cascadeur mais aussi cinéphile sensible, Mouse imagine déjà un long-métrage où trois amis créeraient une voiture de course pour participer à une version futuriste de la Panamerica.

 

 

5 septembre 2016
Made in Maranello
10 septembre 2016
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